Demain est un autre jour

Je lisais hier dans le Figaro que pour certains le confinement est une parenthèse dorée, un bonheur. Toutes celles et ceux qui ne sont pas friands d’interaction sociale, les chômeurs qui ne se sentent plus stigmatisés puisque tout le monde est comme eux à la maison, les geeks qui sont devant l’écran de leurs jeux vidéo toute la journée et qui peuvent se déchaîner sans culpabilité. Les gens qui n’aiment ni leur travail, ni leur chef, ni leurs collègues, et que réjouit la perspective de les laisser à bonne distance. Ceux qui ont en temps normal de longs trajets dans les transports chaque jour. Ceux qui adorent lire, ou écrire, ou juste buller. Ceux qui bricolent, cuisinent, rangent ou repeignent leur maison, ou font du jardin. Ceux qui n’aiment pas sortir, ni les lieux publics, ni la ville, ni les gens. Pour beaucoup qui sont toujours payés, c’est juste comme des vacances. Délivrés de responsabilité et d’obligation. Pour moi, qui suis parfois de ce côté-là, je goûte cette tranquillité, ce calme : cette obligation de non-sortir qui délivre du choix et de son embarras. Ne rien faire, ne rien avoir à faire, pour de longues plages de temps, c’est assez doux. Rêve d’autarcie, de retour à l’essentiel, le noyau familial, une cohabitation légère, l’absence de toute pression sociale ou d’enjeu d’image, pas de boutique où s’interroger devant la profusion, pas de foules compactes de métro, pas d’humanité grouillante de centres commerciaux, juste dehors la lumière de printemps et le bruissement des feuilles des arbres sous les morsures du vent d’est. On gagne à cette dilatation soudaine de la vacance. On décante dans la parenthèse. On dit que le vide est le lieu où tout éclôt. L’oeuf est en train de se couver. Ce qui en sortira est le mystère qu’on laisse à demain.

Marc Traverson est coach et thérapeute, directeur associé du cabinet Acteüs et chargé d'enseignement en Intelligence collective et Leadership à CentraleSupélec.

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