La performance, médiocre Graal

La performance est un constat, elle est donc de l’ordre du résultat. C’est une fin. Mais au fond, ce mot performance n’emmène nulle part ailleurs qu’à l’épuisement. La performance de l’humain sur la planète aboutit à l’épuisement de celle-ci – que dis-je, la destruction pure et simple de la vie à sa surface. La performance est notre idole avide, infiniment ennuyeuse. Notre égarement dans le faire. La performance est un rêve d’efficience, un rêve d’ordre et d’alignement, un fantasme mécanique et horloger. L’impératif qui s’y niche, promesse d’un monde sans friction, sans gêne, sans frein (mais nous y sommes déjà, ne le voyons-nous pas ?). Sans fin. Monde stable et qui tourne toujours plus vite, comme le monde du hamster dans sa roue : position à l’identique, coordonnées sans variation, énergie dépensée maximale, asymptotique – au sens où miroite toujours un toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort, sans déplacement. Bloqué dans le mouvement qui n’en peut mais. Sans changement. Telle est la performance. Mais que ferions-nous en dehors de la roue ? La performance comme horizon, c’est la certitude étroite. L’innovation – le toujours plus – est exactement le non changement, le toujours plus de la même chose. IPhone 12, 13, 14 ou Z, réseaux 5G, 6G, etc. On performe, et on n’avance pas.

Marc Traverson est coach et thérapeute, directeur associé du cabinet Acteüs et chargé d'enseignement en Intelligence collective et Leadership à CentraleSupélec.

2 comments On La performance, médiocre Graal

  • Merci M. Traverson pour la lucidité de vos propos, qui me rappellent d’autres tentatives de lucidité d’Albert JACQUARD. Depuis, rien de bien nouveau sous le soleil…! Les alertes s’intensifient, les pratiques d’hommes loups pour l’hommes se poursuivent et se développent, notre monde fini, la nature épuisée, se languissent de tenter de secouer nos consciences… Mais merci car il y a encore des penseurs intègres et inspirants. Que chacun puisse s’en faire l’écho là où la Providence l’a amené en position professionnelle et/ou personnelle. À commencer par notre propre examen de conscience : suivre le mouvement (et y gagner sûrement !) ? Ou engager un contre courant pouvant me coûter cher.. mais pouvant aussi amorcer un cercle (et non une roue!) vertueux pour mes collaborateurs ? Bon courage à tous.

Leave a reply:

Your email address will not be published.

Site Footer