Complexifier, une bonne idée

Pour sortir de la confusion, nous avons tendance à simplifier. Mais il y a une autre manière de procéder.

Dans les situations difficiles, le réflexe le plus naturel est de vouloir simplifier les choses, de chercher la “ligne claire”, car il semble que la solution à notre problème n’en sera alors que plus évidente.

Et cependant, si la situation apparaît inextricable, ce pourrait aussi être qu’elle est envisagée d’une manière univoque, disons “unidimensionnelle”. On sait que celui qui dispose pour seul outil d’un marteau aura tendance à voir tous les problèmes sous la forme de clou. Ce n’est pas le plus intéressant, ni le plus efficient. Et dans ce cas, pour avancer, il lui sera utile d’introduire des variables supplémentaires dans son équation.

Par exemple, un problème budgétaire pourra se trouver transformé d’y introduire une réflexion sur la dynamique humaine qui résultera des choix financiers qui seront faits. Ou un dilemme “humain” de management être tranché après l’avoir considéré sous l’angle de la meilleure performance économique. On a vu, de même, une réflexion prospective s’éclairer soudain à la lumière de l’analyse d’une situation passée que l’on n’aurait pas songé à examiner dans un travail tourné vers l’avenir.

Quelques pistes pour complexifier :

  • présenter votre question à quelqu’un qui soit extérieur à votre système : son regard vous ouvrira des perspectives différentes, qui viendront ajouter une dimension nouvelle à votre réflexion
  • repérer que vous êtes pris dans une alternative impossible entre solution A et solution B, et que ni l’une ni l’autre ne peut convenir — cela veut probablement dire que vous avez besoin d’ouvrir le champ à des considérations périphériques
  • introduire un décalage par un questionnement paradoxal, qui peut désembourber : se poser la question de son ressenti et de son intuition (si l’on privilégie la rationalisation), se demander ce que l’on ferait si on avait tout notre temps (si l’urgence semble commander), explorer la possibilité de ne rien faire (si l’on pense qu’il faut à tout prix agir)
  • changer quelque chose dans la modalité d’élaboration de la solution. Si l’on a jusque là réfléchi par écrit : s’efforcer de dessiner la situation. Si l’on a privilégié la réflexion en équipe, créer un groupe de travail restreint pour préparer la décision. Etc.

En somme : si la clarification reste l’objectif final, il peut être très utile, sur le chemin qui y mène, de procéder à une opération qui peut sembler contre-intuitive, mais permet d’élaborer des solutions mieux adaptées.

Complexifier (qui n’est pas “compliquer”) permet d’introduire de nouvelles couleurs dans notre palette pour cesser de voir notre problème en noir et blanc.

Bienvenue sur une planète multicolore.

Marc Traverson est coach et superviseur, directeur associé du cabinet Acteüs et chargé d'enseignement en Intelligence collective et Leadership à CentraleSupélec.

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